LA LAQUE

La laque relève d’un savoir-faire d’excellence,
elle est le domaine de la perfection, du luxe
et du raffinement.

À l’origine


La laque est la sève d’un arbre nommé sumac. C’est un matériau qui se recueille par gemmage. On incise le tronc et on recueille sa sève, laiteuse. A l’air, ce matériau s’oxyde et durcit. Le Sumac est un arbre chétif qui pousse exclusivement dans une bande subtropicale, de l’Inde au Japon. Pour vivre et s’épanouir, il lui faut de la chaleur et de l’humidité.

il faut parvenir à maintenir 25 degrés dans un atelier ainsi que 80 % d’humidité. C’est pourquoi elle ne s’est guère exportée dans nos contrées : trop chère à l’importation et complexe d’utilisation puisqu’il faut recréer des conditions climatiques particulières avec des fours. Par ailleurs, les occidentaux y sont souvent allergiques. Il n’est pas rare, rien qu’en ouvrant un récipient, d’être victime d’une gêne respiratoire grave, ou sujet à des dermites sévères. Chez les asiatiques, en revanche, les réactions cutanées et respiratoires sont moins fréquentes et moins sévères.

Lire en Laque - Sarah Mélina Clair

Le fait d’être recueillie par gemmage a conféré à l’objet laqué sa préciosité et sa rareté. Cette préciosité tient également aux qualités extraordinaires de la laque : outre sa grande résistance au choc, elle imperméabilise l’objet

qu’elle recouvre, lui permet de résister aux acides, à l’eau de javel, à la chaleur (400 °C : le foyer d’une cigarette). Elle est par ailleurs dotée d’une grande légèreté, et permet d’intégrer des décors.

Au XVIIème siècle


La laque asiatique connaît un engouement chez les collectionneurs. Mazarin en est féru. Mais le Japon se ferme en 1631 pour deux siècles…ce qui crée une frustration tant l’admiration pour ces objets était grande.
Les occidentaux n’ont donc d’autre choix que d’inventer des vernis qui imitent la laque.
Ainsi vers 1750, les frères Martin vont trouver la formule des vernis Martin, et fonder ainsi la grande tradition des laqueurs européens, à laquelle j’appartiens.

Un savoir-faire d’excellence


Les techniques asiatiques et européennes ont de nombreuses similitudes. Elles requièrent une grande rigueur et un savoir-faire d’excellence.

le panneau de bois. Ce bois est du contreplaqué marine, utilisé pour l’aménagement nautique, très résistant à l’eau et au feu. Avant de l’apprêter, il faut en arrondir les champs avec du papier de verre. Puis il faut l’entoiler : c’est-à-dire coller de la tarlatane, recto et verso, sur le panneau, avec de la colle de peau de lapin. Ensuite vient l’apprêt : une fois le blanc de Meudon préparé, (du bicarbonate de chaux mélangé à la colle), on procède à la première couche, qui est pochée : on l’enduit du badigeon que l’on incruste en tapotant sur toute la surface avec un pinceau ficelle. On laisse sécher 24 heures. On reprend notre apprêt, et on applique une seconde couche au couteau. C’est une couche de lissage. De nouveau, on attend 24 heures… etc., autant de fois qu’il est nécessaire pour que le panneau soit plan (Il peut y avoir entre 6 à 15 couches). Reste à baptiser l’apprêt et à faire les champs.

On passe alors la couche d’impression, et le panneau est prêt à accueillir les pigments – sous forme de poudre, (trois couches en moyenne, mais bien plus s’il y a des incrustations de coquilles d’œufs ou de nacre), puis le décor : l’or, l’aventurine, le cache, les repiqués, le relief…

Il n’est pas rare d’avoir plus de vingt couches de vernis dans un laque. Chaque couche a son temps de séchage. C’est la matière qui nous l’enseigne. C’est une affaire d’infinie patience. Pour un émerveillement magistral.
Chaque couche est poncée, puis le laque est enfin lustré avec différentes pâtes à polir. Là, le laque s’illumine.
Il faut entre 2 à 4 mois pour faire un laque. Parfois davantage… C’est le prix de la perfection, du luxe, et du raffinement.